Accueil AFRIQUE BURKINA FASO. Le président Kaboré renversé, l’armée prend le pouvoir

BURKINA FASO. Le président Kaboré renversé, l’armée prend le pouvoir

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Au lendemain d’une mutinerie dans plusieurs bases du pays et de violents échanges tir dimanche soir à Ouagadougou, le président Kaboré a été arrêté ce lundi 24 janvier. Il est détenu par des soldats mutins dans une caserne de Ouagadougou. C’est le troisième putsch militaire en deux ans en Afrique de l’Ouest.

Des soldats se sont mutinés ce dimanche 23 janvier dans plusieurs casernes du Burkina Faso, dont celles de Sangoulé Lamizana et de Baba Sy, pour réclamer le départ des chefs de l’armée et des moyens adaptés ​à la lutte contre les djihadistes. Des mutineries ont également eu lieu à la base aérienne de Ouagadougou, ainsi qu’à Kaya et Ouahigouya, dans le nord du Burkina où sont en majorité concentrées les attaques djihadistes.

Le gouvernement a réagi en reconnaissant ces tirs dans plusieurs casernes, démentant cependant une prise de pouvoir par l’armée​. Ce lundi matin, après de nouveaux affrontements nocturnes, des soldats mutins affirment avoir arrêté le président Roch Christian Kaboré

Et de trois en Afrique de l’Ouest

Si l’armée burkinabé prend effectivement le pouvoir, elle sera la troisième après celle du Mali et celle de la Guinée. Au Mali, un premier coup d’État militaire a eu lieu le 18 août 2020. Il a abouti au renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta (mort le 16 janvier 2022), au pouvoir depuis 2013. Puis, le 24 mai 2021, l’armée malienne a capturé le président du pays, Bah N’Daw, le Premier ministre, Moctar Ouane et le ministre de la Défense désigné, Souleymane Doucouré. Dans la foulée, le vice-président Assimi Goïta a pris le pouvoir et destitué l’exécutif.

En Guinée, le 5 septembre 2021, le Groupement des forces spéciales (GFS) a pris le pouvoir, renversant Alpha Condé. Depuis, le colonel Mamady Doumbouya, chef de la junte au pouvoir, a annoncé le 22 janvier, la liste des 81 membres du Conseil national de la transition (CNT), l’organe devant légiférer pendant toute la durée de la transition. Ce CNT fait office de Parlement.

Le temps des colonels ?

Qui seront les nouveaux hommes forts ? En ce lundi matin, pas de noms ou de grade mais plusieurs officiers supérieurs seraient très actifs dans les coulisses.

L’arrivée de militaires aux affaires dans ces trois pays témoigne de l’incapacité des pouvoirs locaux à gérer les crises sécuritaires et économiques endémiques. Elles démontrent aussi l’échec global des stratégies militaires étrangères, tant française qu’onusienne.

Dans le cas du Burkina Faso, le putsch s’inscrit dans une dégradation continue de la situation sécuritaire et le basculement de certaines régions sous le contrôle des groupes armés terroristes.

Que réclament les mutins ?

Ils veulent des moyens adaptés à la lutteanti-jihadiste​et des effectifs conséquents​, ainsi que le remplacement ​des plus haut gradés de l’armée nationale, a indiqué dans un enregistrement sonore parvenu à l’AFP un militaire de la caserne Sangoulé Lamizana, sous couvert de l’anonymat.

Il a en outre souhaité une meilleure prise en charge des blessés ​lors des attaques et des combats avec les djihadistes, ainsi que des familles des défunts​.

Des signes avant-coureurs

Au pouvoir depuis 2015, Roch Marc Christian Kaboré a été réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte anti-jihadiste sa priorité. Mais il est désormais accusé par une grande partie de la population excédée par la violence, d’être incapable ​de contrer les groupes djihadistes.

Une première rumeur de coup d’État avait circulé le 11 janvier. Une dizaine de militaires et de civils étaient alors soupçonnés de préparer un coup d’État et les autorités avaient procédé à une vague d’arrestations, évoquant un projet de déstabilisation des institutions de la République​.

La grogne dans les casernes est, elle, beaucoup plus ancienne, comme en témoignent les témoignages recueillis en 2021 par Sophie Douce, notre correspondante au Burkina Faso. Depuis 2018, cette armée encaisse des coups meurtriers. Elle aurait perdu au moins 500 soldats.

Le drame d’Inata

La tuerie d’Inata à la mi-novembre avait fait 57 morts parmi les soldats burkinabé, le pire massacre commis par des militants islamistes sur le sol burkinabé.

Elle avait mis au jour de graves dysfonctionnements dans le ravitaillement alimentaire et logistique des forces de sécurité déployées sur le terrain. Avant l’attaque, le chef du détachement avait lancé un appel à l’aide à sa hiérarchie, rapportant manquer de nourriture au point d’être obligé de chasser en attendant la relève. (Ouest France)

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