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La TANZANIE fête son indépendance, sur fond de craintes pour la liberté d’expression

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La présidente de la Tanzanie, Samia Suluhu Hassan, a salué les progrès réalisés par son pays à l’occasion des 60 ans de son indépendance célébrés jeudi, sur fond de craintes grandissantes concernant les droits civiques.

L’ancienne colonie britannique connue sous le nom de Tanganyika a obtenu son indépendance en 1961, avant de devenir officiellement la Tanzanie après avoir fusionné avec Zanzibar trois ans plus tard.

La Tanzanie a adopté un système de démocratie multipartite en 1992, mais ces dernières années ont été marquées par de nombreuses atteintes aux libertés fondamentales, notamment sous l’administration du prédécesseur de Mme Hassan, John Magufuli. 

Ses années au pouvoir, entre 2015 et 2021, ont été caractérisées par une répression des médias, de la liberté d’expression et de l’opposition. 

« La réussite que nous avons connue au cours des 60 dernières années d’indépendance a été permise par une administration démocratique et un état de droit », a déclaré Samia Suluhu Hassan dans un discours à la nation prononcé mercredi soir.

« Notre pays a (mis) en place un système qui permet aux citoyens d’exercer leur liberté d’expression sans aucune restriction », a-t-elle déclaré, soulignant notamment que le nombre d’organes de presse est passé de un en 1961 à des centaines aujourd’hui.

– « Marge de manœuvre limitée » –

Samia Suluhu Hassan est devenue en mars la première femme à diriger la Tanzanie après le décès soudain de John Magufuli, dont elle était la vice-présidente.

Elle a donné des signes de rupture avec son prédécesseur, surnommé « le bulldozer » pour son style autoritaire, en se disant notamment prête à défendre la démocratie et les libertés fondamentales.

« Le régime de Magufuli a constitué un vrai recul pour la Tanzanie », a affirmé à l’AFP l’analyste politique Aikande Kwayu, confirmant que la présidente a pris des mesures importantes depuis son arrivée, notamment l’annulation de l’interdiction faite aux filles enceintes et aux mères adolescentes d’aller à l’école.

Elle a également rouvert certains médias interdits, intégré au gouvernement un critique de son prédécesseur, ainsi que lancé une campagne de vaccination contre le Covid-19 quand Magufuli n’avait cessé de minimiser l’impact du coronavirus et refusé de prendre des mesures pour endiguer la pandémie.

Mais l’arrestation fin juillet du leader du principal parti d’opposition Freeman Mbowe, accusé de « terrorisme », a jeté le doute sur ses intentions et certains de ses détracteurs la qualifie désormais ouvertement de « dictatrice ». 

Selon Ringisai Chikohomero, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), Samia Suluhu Hassan est prisonnière de sa dépendance aux partisans de Magufuli au sein du Chama Cha Mapinduzi (CCM), parti au pouvoir depuis l’indépendance.

« Elle doit encore construire sa propre base de soutien », explique M. Chikohomero à l’AFP: « Elle doit suivre la ligne du parti sinon elle peut être expulsée ».

« Sa marge de manoeuvre au sein du CCM est assez limitée », souligne-t-il.

– Divisions –

Les divisions internes au parti sont devenues publiques samedi quand Mme Hassan a accusé certains rivaux de vouloir salir son leadership avec des accusations de corruption, dans des propos inhabituellement acerbes.

En août, elle a suspendu un journal appartenant au CCM pour avoir publié un article affirmant que Hassan ne se présenterait pas aux élections en 2025. 

Pour Roland Ebole, chercheur pour Amnesty International, « il reste beaucoup à faire pour rendre la Tanzanie plus progressiste. »

« Même quand les choses semblent s’ouvrir, nous voyons qu’elles ne bougent pas », dit-il à l’AFP. 

Jeudi, les célébrations de l’indépendance ont notamment inclus une parade militaire, à laquelle assistaient plusieurs dirigeants étrangers dont les présidents du Kenya, Uhuru Kenyatta, et du Rwanda Paul Kagame. 

Dans son discours mercredi soir, Samia Suluhu Hassan a notamment vanté les progrès économiques de la Tanzanie, affirmant que le pays avait « fait beaucoup de chemin ».

Selon la Banque mondiale, le pourcentage de Tanzaniens qui vivent avec moins de 2 dollars par jour est passé de 86% en 2000 à environ 49% en 2017.

Le PIB a été multiplié par plus de dix, passant d’environ 5 milliards de dollars en 1988 à plus de 60 milliards en 2020, également selon la Banque mondiale.

Mais pour Zitto Kabwe, le leader de l’ACT Wazalendo, l’un des principaux partis tanzaniens d’opposition, beaucoup de progrès restent à faire. 

« Notre nation a 60 ans mais nous ne sommes pas politiquement tolérants, nous nous accusons et nous nous emprisonnons, on nous empêche de nous engager dans des activités politiques légitimes, nous sommes toujours très pauvres », a-t-il déclaré jeudi. (Afp)

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